vendredi 12 octobre 2012

Excitation

Hier, j’ai reçu un message de mon père me laissant savoir que les premiers flocons de neige étaient annonces pour la nuit prochaine en Mauricie. Entre deux bouchées de couscous, assise sur le petit tabouret de ma cuisine à Pleinpalais, mon cœur s’est serré. L’excitation commence tranquillement à me gagner, et je fais tout pour tenter de la contenir le plus longtemps possible. Encore un mois avant mon retour, encore beaucoup de pain sur la planche au travail, encore une trentaine de nuits à m’endormir seule dans mon grand lit, à me réveiller et à étirer mon bras vers ma gauche, ou la fraîcheur des draps me rappelle que je suis seule, que je suis loin, que cette aventure est uniquement la mienne. Au travail, je me surprends à jeter un coup d’œil à mon calendrier, et à voir la date entourée de surligneur rose, celle de mon dernier jour.
Ce séjour a été plus tumultueux que ce que je m’étais imaginée. Pour moi, la Suisse résonnait dans ma tête comme un endroit où j’irais et je flotterais, de jour en jour, trop prise par le travail pour me rendre compte de la froideur du peuple, ou du prix des choses. Mais j’ai été confrontée à la réalité suisse, et je ne peux pas dire que je suis amoureuse du peuple suisse. Je ne suis pas tombée pour Genève, ses rues grises, ses visages fermés et pincés, son humour moqueur, sa vie sans haut et sans bas, sans couleur.
Heureusement, j’ai rencontré des gens extraordinaires, de partout dans le monde, qui m’ont amusé et fait rire depuis le premier jour. J’ai rencontré Zineb, une copine de qui je suis inséparable, avec qui je pouvais partager toutes les angoisses de ma position de stagiaire, sachant qu’elle occupait le même poste ailleurs. J’ai passé du temps avec elle et son papa marocain, qui m’a accepté chez lui comme sa nièce, qui nous a cuisiné des couscous qui me réchauffaient le cœur, avec qui nous avons découvert des endroits pittoresques de la France. Pour toujours, Zineb et son papa seront souvenir de ma vie à Genève, et je ne pourrai jamais les remercier assez pour leur hospitalité.
Mais mon cœur, de jour en jour, me crie de revenir. J’ignore ce qui m’attend à Montréal, mais je sais que j’y serai heureuse. Je sais que Zineb, à son retour à Montréal en Janvier, fera grandement partie de mon quotidien québécois, que je la veux près de moi, parce qu’elle était, jusqu’au plus profond son cœur, une bonne personne, sincère, généreuse, souriante, que j’adore.
Je rêve de rentrer, de découvrir cette nouvelle maison que j’apprivoiserai, de partir tôt le matin pour me rendre étudier à la bibliothèque du HEC avec Natasha, je rêve de revoir ma famille, de passer du temps avec eux, de les voir rire, de reprendre ma place parmi eux, je rêve de marcher à nouveaux dans les quartiers de la ville, de me réapproprier les cafés, les boutiques, les restaurants qui sont les miens, de me lever trop tôt pour rejoindre mes sœurs Sandra Et Ivah dans un café sur Côte-des-neiges et de se faire des confidences jusqu’en après-midi, je veux respirer l’air frais du Mont-Royal, je veux voir les premiers flocons tomber, je veux faire mon premier sapin, cuisiner mes premiers biscuits du temps des fêtes, faire ces petites choses qui m’apportent le même bonheur que celui de plier bagage et de recommencer ailleurs. Me replonger dans mon univers sera aussi délectable que de plonger dans une eau inconnue, parce que je serai entourée des gens que j’aime, et qui me manque chaque jour.
Retiens tes flocons, Montréal. J'arrive bientôt.

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