mercredi 18 juillet 2012

Mes 25 ans

Dans moins de 48 heures j’aurai 25 ans. J’appréhende ce moment depuis le premier jour de mes 24 ans, aussi ironique soit-il. Cet âge me terrorise depuis mon entrée dans la vingtaine. Pour moi, avoir 25 ans représente une étape importante de ma vie, et s’accompagne d’un processus de réflexion inévitable ; ou en suis-je, quels sont mes objectifs pour les prochaines années, celles qui seront décisives pour ma carrière et ma vie personnelle, quelles sont mes valeurs, qui sont les gens qui importent vraiment, qu’est ce qui me rend le plus heureuse ?
Je n’ai pas trouvé réponse à toutes ces questions, et tenterai certainement d’y songer avec toute l’honnêteté dont je suis capable envers moi-même, et de conclure si à la lumière de mes réflexions, je vogue dans la bonne direction.
Une chose est sûre, je sais ce dont je suis fière et ce qui a été source de remords.
Je suis fière d’être sensible. Cette caractéristique de ma personne m’apporte sans aucun doute autant de bien que de mal, mais au moins je vis. J’ai côtoyé récemment des gens qui m’ont permis de réaliser que ma sensibilité est un attribut que je ne voudrais en aucun cas voir disparaître. Rien n’est plus triste qu’une personne qui semble engourdie par la vie, que la vie n’arrive plus à venir secouer. Etre sensible me permet d’apercevoir toutes les couleurs que la vie m'offre chaque jour. Et j’ai appris à jongler avec ses teintes de rose et de gris.
Je regrette de m’être cru vieille trop tôt. Je regarde ma petite sœur vivre ses années de secondaire sans se presser, en vivant chaque chose en son temps. Il y a quelques mois à peine, elle s’amusait avec The Sims et j’ai été prise d’émotions de la voir, si grande, mais encore jeune. Elle est encore jeune et elle le sait. Elle joue parfois les dures mais elle sait qu’elle est encore petite. A son âge, j’avais tout vu et vécu, je me torturais pour des histoires d’amour impossibles, et ai oublié de passer des soirées entre copines à regarder Quatre filles et un jean, de rester à la maison seule parfois, pour flâner en pyjama avec mon chien. J’ai joué aux grands trop rapidement, et mon adolescence a été tumultueuse, trop pour ce qu’elle aurait dû et pu être.
Je suis fière d’avoir compris cela et de prendre aujourd’hui le temps pour mes amies, qui peuvent m’appeler à chaque heure du jour et de la nuit et qui savent que je répondrai. Je suis la plus heureuse quand je me laisse prendre le temps d’être rien d’autre qu’une amie, qui parle de garçons et de gossip autour d’un café, le dimanche matin avec celles que j’adore.
Je regrette de m’être trop souvent cru plus faible que ce que j’étais en réalité. De ne pas avoir compris ce que je valais plus tôt. Tant de crises, tant d’angoisse, tant de larmes et de cris, par manque de confiance ou d’estime. Le jour où j’ai compris ce dont j’étais capable, un nouveau monde s’est ouvert à moi ; celui des opportunités, des voyages, de l’indépendance, de la fierté. Etre fière de soi change radicalement la façon dont l’on se perçoit et dont les autres nous perçoivent.
Je suis fière de vivre à la hauteur de mes ambitions. Au grand désespoir de mon portefeuille, je ne refuse plus une occasion de mettre mes compétences au défi, parce que la vie est trop courte, et parce qu’à chaque fois, j’en ressors plus forte, plus outillée.
Je regrette avant tout d’avoir cessé d’écouter mon cœur. J’avais l’habitude de trop le faire, et voilà que je l’oublie trop souvent ces dernières années. La vie s’est bien chargée de me faire comprendre que trop, c’est comme pas assez, mais j’oublie. Je veux être femme et mère. J’ai oublié de me pencher sur le plus beau des projets que la vie a à m’offrir. C’est sans aucun doute mon plus gros regret. Depuis mon tout jeune âge, j’ai toujours su au fond de moi que je serais une jeune maman, et mon historique de relations amoureuses toutes aussi intenses les unes que les autres me rappelle que dans ce domaine, je ne ferai pas les choses à moitié. Je me souviens lors de vacances aux New Jersey en famille, il doit y avoir de cela dix ans, nous marchions un soir sur le bord de la plage, et nous avons été témoins d’une minuscule célébration de mariage, sur un quai de bois, alors que la marée montait et le soleil descendait. Une fois terminée, nous nous sommes approchés et le prêtre est venu nous adresser la parole. Je le regardais avec la certitude qu’il me porterait chance, que sa présence à mes côtés me permettrait moi aussi de trouver l’âme sœur et de m’unir sous les liens sacrés du mariage avec un homme qui m’aimera et que j’aimerai encore plus. Ayant le cœur parfois plus gros que la tête, je me souviens lui avoir dit : « Sir, I will see you soon » d'un ton décidé. Et je me souviens de l’éclat de rire de mes parents, qui m’avait fendu le cœur et profondément vexé. Tout bas, j’avais pensé « rira bien qui rira le dernier ». Mais aujourd’hui je réalise que les choses sont plus complexes que le simple Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Mais malgré leur complexité, elles sont toujours possibles. Et j’ai besoin d’y croire encore. Malgré les adieux déchirants, le divorce de mes parents, malgré le temps qui passe et qui ne reviendra pas, je continue d’y croire. Je ne serai pas la jeune mère que j’ai toujours eu la certitude que je serais, mais je serai une mère, et comme la mienne, je sais que je garderai toujours mon cœur et ma folie d’enfant.
25 années d’amour, avant tout. De rêves aussi, parce qu’une partie de mon esprit en fait toujours, de leçons que je dois tâcher de ne pas oublier, de chagrin, les plus petits oubliés et les plus grands qui s’estompent doucement, de joies, parce que malgré tout, ma vie m’a exceptionnellement choyée jusqu’à aujourd’hui, de santé et de maladie, parce que les deux m’entourent et habitent ceux que j’aime, d’intensité parce que c’est moi et personne d’autre.
Pour les 25 prochaines années, je ne peux dévoiler ce que je souhaite, cela restera entre les chandelles et moi. Mais vous saurez certainement deviner.

vendredi 13 juillet 2012

Le plus beau défi

Je marchais plus tôt dans les corridors de mon département, documents en mains, et j’avais peine à croire qu’uniquement deux mois se sont écoulés depuis mon arrivée. Déjà, j’ai l’impression de travailler ici depuis un an, l’endroit m’est familier, je reconnais mes collègues et leurs petites habitudes, on me fait confiance avec des projets d’envergure sans hésitation, j’ai réellement l’impression que je pourrais continuer à ce rythme des années durant. Et j’aime ce que je fais. Je suis fière de mon travail et de mes responsabilités. Je connais ma chance et ne la prend pas pour acquis.
Mais je ne sais pas si j’accepterais de vivre dans une ville qui roule à l’énergie bureaucratique très longtemps. Je ne suis pas de ces personnes qui peuvent se sentir parfaitement accomplies uniquement que parce qu’elles sont comblées professionnellement. Mes ambitions professionnelles et personnelles sont toutes les deux très fortes, et j’ai parfois l’impression d’avoir mis à la remise tous les rêves que j’ai si longtemps voulu, des rêves se composant de ma famille, mon bulldog anglais, mon petit chalet perché dans les arbres perdu au bord d’un lac en Mauricie, l’homme que j’aime, mes amis les plus proches, qui sont aussi mes frères, mes complices, mes confidents.
Vivre pour le travail me fait devenir cette personne qui ne s’émeut plus devant les choses simples, qui ne rit plus autant, qui parvient plus difficilement à s’emballer pour des banalités. Peut-être est-ce l’âge aussi ? J’aurai vingt-cinq ans dans quelques jours, et je me sens professionnellement au bon endroit, mais il manque quelque chose au tableau. Quelque chose cloche.
Peut-être est-ce aussi le fait d’être loin, et de passer tellement de temps seule. Cela me fait beaucoup de bien, mais m’éloigne aussi de ma fougue, de ma spontanéité. Mon pire cauchemar est celui de me voir glisser subtilement et indubitablement vers ce destin de bureaucrate sage et obéissante. Je ne suis pas cette femme-là. La femme que je sais, et que j’ai toujours su qui se trouvait en moi, et qui trémousse d’impatience, elle est mère, en salopette, le visage taché de peinture, qui jouera avec des enfants, les siens, le corps lourd et le visage gonflé par la grossesse, mais plus vivante que jamais. Cette image, c’est la plus grande des certitudes que j’aie eu depuis mon tout jeune âge. Cette image, c’est moi, sans artifice, qui vit sa vie exactement comme je suis sensée la vivre. Le reste est flou. Alors qu’à l’aube de mon quart de siècle, je joue les femmes fatales féministes qui ont soif de pouvoir. Je sais bien qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre, mais j’ai l’impression d’avoir brouillé l’équilibre entre les deux. Quand sera-t-il temps pour moi de m’asseoir, me lâcher ma tonne de paperasses, de déposer mes lunettes, de souffler un instant, et de voir ce qu’Anne-Françoise, non l’employée, mais la femme, ce qu’elle veut et ce dont elle rêve.
Mais je ne suis pas dupe. Je sais pour quelles raison mon cœur bat. Je sais que ce n’est pas simplement la fatigue qui me remplit les yeux de larmes quand je vois une femme porter son enfant endormi dans les bras, le regard fier et le visage épanoui.
Je m’estime avoir été bien sage au cours des dernières années. J’ai bûché sans relâche, passé des centaines d’heures dans les bibliothèques à lire, corriger, étudier, réviser, rédiger, du matin au soir, pour me rendre ou je suis. Mes souliers ont certainement beaucoup voyagé. Mais le soir, les pensées qui occupent mon esprit sont celles de mes copines Catherine, Sara, Elisabeth, de jeunes mamans aimantes, heureuses pour les bonnes raisons, comblées et émerveillées chaque jour par une dent qui pousse, des premiers pas, des premiers mots. Quand je m’endors ce sont à elles que je pense. Et j’espère que le destin me permettra, dans un futur proche, de troquer mon ordinateur pour un hochet, mon complet pour des mom jeans, et Aung San Kyi pour Dora l’exploratrice. Après, le défi sera d'alterner les deux rôles sans perdre ma saineté d'esprit. Mais ce serait vraiment le plus beau des défis que je n'aie jamais relevé. Et je m'y prêterais avec le plus grand plaisir.

Qui sait, cette année peut-être...