Alors que le bateau me ramenait tranquillement d'un village pittoresque de France vers Genève, plongée dans l'obscurité totale du Lac Léman la nuit, bercée par les douces vagues que tranchait le devant du bateau à vapeur, je me tenais droite, écouteurs aux oreilles, portée par le bruit sourd du mouvement sur l'eau, portée par cette nuit fraîche qui me frappait le visage et enmêlait mes cheveux, je laissais mon esprit dériver et se perdre dans le ciel étoilé.
Récemment, j'ai souvent eu la tête dans les nuages, plus qu'à l'habitude. D'ordinaire, je rêve de choses banales et sans cohérence certaine. Des images, des souvenirs, des scénarios que je laisse défiler, amusée. Mais ces temps-ci, mes rêveries me mènent à chaque fois vers des réflexions profondes sur mon présent, et mon futur. Je sens que je gratte, à la recherche de quelque chose, d'une réponse, incertaine de mon chemin, mais trop curieuse pour arrêter. Comme une marmotte, je creuse à une vitesse folle, automatique, vers un but, vers une fin. Je plisse les yeux, pensant avoir trouvé quelque chose, pendant apercevoir au bout une réponse, et puis tout s'arrête. Je ne semble jamais avoir le temps de creuser jusqu'au fond des choses, et cette course me déconcentre dans mon travail. J'ai besoin d'une réponse, sans connaître la question. Cela fait-il du sens? J'en doute. Mais mon sentiment, lui, semble clair.
Je me sens de mieux en mieux ici, à Genève. Ma vie est remplie de gens extraordinaires, d'amis précieux, mon travail m'intéresse toujours autant, j'apprivoise les Suisses en apprenant à rire de leur mauvaise humeur et de leur manque total de sens de l'humour alors qu'avant, cela m'irritait profondément. Ce peuple est loin d'être le plus attachant, mais je m'y fait. On fini toujours par s'y faire. Une fois de plus, je me trouve entre deux eaux, mais je jongle aisément avec la situation, cette fois-ci.
Comme ce soir, je délecte les moments de calme solitaire que je collectionne, et qui me permettent de divaguer en silence, sur mon balcon avec une tasse de café dans les mains le matin, ou comme ce soir, abritée par un manteau d'étoiles.
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