jeudi 10 mai 2012

Genève en solo

Depuis mon retour du Japon, j'ai eu beaucoup de difficulté à écrire quoi que ce soit. Comme si la vie de tous les jours ne suffisait pas. J'ai ce défaut de ne pouvoir qu'écrire durant l'épreuve. Écrire m'a toujours servi de bouffée d'air, d'échappatoire. Aujourd'hui, l'envie, ou plutôt le besoin d'écrire me revient, assise sur un lit qui ne m'appartient pas, dans la chambre de quelqu'un d'autre, dans une ville que je ne connais pas, dans un pays ou je n'ai jamais mis les pieds. 

Genève m'a tout de suite rappelé le Japon. Les rues propres, les trains, le calme et l'ordre qui y règne m'ont ramené quelques mois derrière, alors que j'habitais à Osaka. Je réalise aujourd'hui à quel point mon séjour au Japon m'a marqué d'une façon beaucoup plus profonde que je ne le croyais. Je faisais mes valises il y a quelques jours avec la vieille habitude d'emmener avec moi une pharmacie complète, héritage de ma préparation pour les voyages que j'ai fait en Asie au cours des dernières années. Ma nervosité à prendre le train et à m'aventurer dans la ville sont de vieux plis de ma vie nippone, ou chaque geste quotidien était une aventure, un défi en soi. Depuis le Japon, partir à l'étranger rime pour moi avec inconnu, nouveau départ, lancée dans le vide. Mais Genève ne devrait pas me faire sentir ainsi. Au contraire. La ville est si belle, les gens sont charmants, les lignes d'autobus et de tram sont simples, les gens parlent français, je peux lire et me renseigner sur ce que j'achète, pour moi ce séjour à l'étranger m'oblige à me réadapter à la simplicité. Je découvre ma nouvelle vie avec la pensée que les choses finiront par se compliquer. Pour le moment, il fait bon, 25 degrés sous le soleil, les gens sont souriants, les arbres sont en fleurs, les oiseaux chantent du matin au soir, l'air sent vert, et j'observe cette beauté avec une certaine incrédulité. Je fronce les sourcils en regardant le coucher du soleil par ma fenêtre. Le Japon revient me hanter ici, pour une raison que j'ignore. Je ne me sens pas en Europe. J'ignore comment décrire mon sentiment. Je me sens loin, simplement, mais nul part de précis. En me promenant dans la rue, je m'attends à ce que les gens me dévisagent comme le feraient les Japonais. J'oublie qu'ici, en gardant la bouche fermée, on pourrait me prendre pour une Suisse. 

J'irai nager bientôt. Nager me détend, me permet d'entrer en contact avec moi-même et mon espace. J'aime pouvoir retrouver ce même sentiment de légèreté, peu importe ou je suis dans le monde. Je devrais être tellement contente d'être ici, en Suisse, mais pour le moment, je ne sens rien. Le décalage horaire, sans doute. Je suis comme un robot qui attend d'être programmé. Moi qui suis à l'habitude si émotive, si blanc ou noir, je ne sais trop quoi faire de ce manque d'émotions, d'intensité. La sagesse, peut-être? La quantité de voyages effectuée au cours des dernières années m'a-t-elle engourdie, me privant de ce rush que l'on ressent lorsque l'on pose pieds dans une nouvelle ville, pour y faire ce dont on a toujours rêvé?

Je suis ici pour travailler, et pour travailler bien. Ma position de stagiaire me garde bien enlignée sur mes devoirs et responsabilités. Peut-être que si j'avais quelqu'un avec qui partager ma fébrilité, celle-ci s'émanciperait.  Je repense à cette phrase qu'avait écrit Christopher McCandless lors de son périple seul en Alaska, Happiness Only Real When Shared. Je la comprends aujourd'hui plus que jamais. J'ai hâte de faire des connaissances, pour partager, et éventuellement ressentir plus intensément ce qui dort au fond de moi. J'ai longtemps cru que ma vie serait plus facile si j'étais plus souvent grise que blanche ou noire, mais maintenant que je flotte dans cette zone grise, je sais qu'elle n'est pas pour moi. 

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